Les Québécois doivent-ils craindre une crise du secteur immobilier?

Chaque jour, les manchettes se font un devoir de nous rappeler que l’économie vacille à l’échelle mondiale et que tôt ou tard, la calamité finira bien par rattraper le Canada et le Québec. Dans un tel climat, doit-on craindre l’apparition d’une crise immobilière qui pousserait les propriétaires québécois au bord du gouffre?

Le Québec à l’abri de la tempête ?

Les chercheurs européens du Laboratoire européen d’anticipation politique (LEAP) ne se font pas tendres dans leurs prédictions immobilières concernant le Canada. Le Québec, toutefois, semblerait davantage à l’abri de cette tempête annoncée.

Contrairement à la Colombie-Britannique, l’Alberta, la Saskatchewan, le Manitoba et l’Ontario, qui ont été le théâtre d’une augmentation constante des constructions résidentielles depuis 2009, le Québec a, pour sa part, connu une constante baisse dans la construction de logements individuels et collectifs au cours de la même période.

Cette tendance, loin d’être le reflet d’un manque dynamisme, semble plutôt marquer un certain équilibre dans la belle province. Les constructions, plutôt que de faire l’objet de spéculations et de voir leurs prix s’enflammer comme cela s’est produit ailleurs au Canada, seraient plus en harmonie avec les conditions du marché québécois.

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Situation délicate à Vancouver

Il semblerait donc y avoir peu de risques « d’éclatement » d’une « bulle immobilière » au Québec, puisque ladite bulle ne s’est pas réellement gonflée – du moins, pas de manière démesurée – au cours des dernières années. À Montréal, le prix moyen d’une propriété se situait autour de 320 000$ en juin 2011 alors qu’il s’élevait à 818 721$ à Vancouver!

Même avec les taux d’emprunt hypothécaire historiquement bas dont disposent présentement les Canadiens, qui peut réellement se permettre une propriété de près d’un million de dollars? D’autant plus que le gouvernement fédéral a récemment annoncé la diminution de la période maximale d’amortissement hypothécaire de 30 ans à 25 ans, ce qui augmentera forcément les paiements mensuels auxquels s’étaient préparés plusieurs nouveaux propriétaires…

Malgré cela, les mises en chantier se poursuivent à Vancouver. Le premier signe réel que tout ne tourne pas rond est apparu dans les statistiques de juin dernier de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL): le prix moyen d’une propriété vancouvéroise a chuté de près de 11,5% en un an!

Pas de « bulle immobilière » généralisée au Canada

Pendant ce temps, le Québec s’en tire à bon compte. Entre juin 2011 et juin 2012, le prix  moyen a en effet augmenté de 3,7% pour la province en entier et de 3,4% uniquement à Montréal. Ces appréciations modestes, qui peuvent être interprétées comme les manifestations d’une certaine stabilité, contrastent avec la baisse globale de 0,1% enregistrée pour le Canada.

Hélène Bégin, économiste au Mouvement Desjardins, résumait récemment la situation immobilière au Québec d’un angle assez optimiste : le marché, tant au niveau des prix que des mises en chantier, est en train de ralentir de manière saine, puis la situation de l’emploi est plutôt bonne, ce qui contribuera à éviter les surévaluations qui sont apparues ailleurs au pays… et les déboires qui risquent de s’ensuivre.

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Les Québécois mieux en mesure de résister aux chocs

Si la situation de l’emploi devait se dégrader, le nombre de propriétaires incapables de joindre les deux bouts serait vraisemblablement moins important au Québec qu’ailleurs au Canada, puisque les versements hypothécaires des Québécois sont beaucoup moins élevés que ceux des Ontariens ou des Britanno-Colombiens. La même logique s’applique dans l’éventualité où les taux d’intérêt en vigueur devaient se mettre à remonter.

Bien entendu, si les États-Unis devaient être à nouveau plongés dans une crise économique grave et que l’Europe devait être ébranlée encore davantage, le Québec ne serait pas complètement immunisé. La bonne nouvelle, cependant, est que la situation du Québec semble présenter moins de risques pour ses propriétaires, qui apparaissent mieux aguerris que leurs confrères du Canada pour faire face à de potentielles turbulences.

Alexandre Duval

À propos de Alexandre Duval

Alexandre Duval est un rédacteur-blogueur pigiste qui écrit sur de multiples sujets dont l’assurance, la planification financière et la retraite, la propriété, etc. Étudiant à la maîtrise en science politique et assistant de recherche à l’Université du Québec à Montréal, il détient son baccalauréat de l’Université Laval, à Québec. Il a également étudié aux États-Unis, en France, ainsi qu’à Toronto

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